(à l’occasion de la présentation de mon film Lydia, 15 ans)
J’ai cette impression gênante, ennuyeuse pour moi-même, de ne pas être à ma place. Un état paradoxal, un héritage que j’aimerai arracher de mes valeurs, de toujours être à l’écoute – en guise de semence – de ces êtres à mes côtés. Des étrangers qui sont là, égoïstes, acharnés par leur paraitre dans l’illusion de leur statue. Ils sont là à disparaitre et je finis par ne plus être. Je m’efforce de les mettre à l’aise, un réel effort, épuisant et je m’y perds. J’oublie, je m’oublie pour qu’ils soient à l’aise et s’installe en moi un inconfort, une angoisse, une peur matérielle qui vient détruire ma créativité.
Je n’arrive pas à comprendre et accepter que tout n’est qu’un rapport de force sans enjeu. Chez eux, tout n’est qu’un refuge pour éviter d’aborder des sujets de fonds, des croisements intérieurs… enfin des croisements : voilà encore un exemple de ma faiblesse. Qu’y a t il à attendre d’un silence pesant ? Pourquoi je me sens obligé de remplir, car ce qui va déborder n’aura comme récipient qu’un contenant de banalités.
Je suis dans un festival de cinéma en Allemagne.
Toute la cohorte de cloportes au tee-shirt d’hommes sandwich plongent dans des artifices absconts et sans fonds d’âmes.
Rien ne s’échange, on tente de nous prendre en charge, nous réalisateur, on nous guide, nous conduit, nous occupe sans finalement tenter de nous rencontrer. Dès que j’aborde des sujets profonds, des thèmes de réflexions, espérant sans réels désirs des échanges formateurs, c’est vain. Il n’y a que des silences bien stériles.
Du tout et du rien.
On est loin du compte.
Toujours alimenter le vide, la surface de leur art, m’épuise. J’en ai rien à foutre.
J’attends bien plus, surtout d’un festival, que je rencontre ce qui m’échappe et au plus juste m’induise à nouveau en erreur. Un de ces chemins constructifs qui m’apporte et transporte ceux qui verront mon film.